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Bienvenue en Culpabilité, terre d’accueil de tout être humain qui se respecte 

Avant d’avoir un enfant, je me sentais déjà coupable pour 10 000 trucs. C’est bien simple, dès qu’un truc pas cool arrivait, dès que quelqu’un se sentait triste pour une raison X ou Y, je culpabilisais. Pas forcément parce que j’avais un lien avec ledit truc pas cool, juste parce que je n’avais rien pu faire pour l’empêcher. Ouais, on est sur bon level d’auto flagellation, j’en conviens. Et puis, je suis devenue maman, et d’un coup, toute cette culpabilité s’est envolée vers d’autres contrées. Je me suis mis à me contreficher des conséquences de mes actes, spécialement sur ma fille. De toute façon, je suis une mère parfaite, irréprochable, exceptionnelle, t’as vu, alors de quoi pourrais-je être coupable ?

Non, j’déconne.

Bien sûr que ce sentiment de culpabilité s’est accentué avec l’arrivée de Cacahuète. Non, mais, rendez-vous compte, à 2 mois, je l’ai laissée pleurer pendant 30 secondes, toute seule. TOUTE SEULE ! Si je n’avais pas été aux WC à ce moment-là, ça ne serait JAMAIS arrivé. Voilà. C’est fini. J’ai détruit sa confiance en elle, c’est certain. Je suis vraiment une mauvaise mère, la pire. Appelez les services sociaux et enlevez-moi la garde de ma fille, je suis en train de la détruire à petit feu.

Ça vous fait rire ? Moi aussi. Pourtant, ce genre de réflexion fait partie de mon quotidien.

Voyez-vous, je suis une grande adepte de parentalité positive, je fais tout pour bannir les Violences Éducatives Ordinaires (VEO) de notre quotidien, je suis à l’écoute des besoins et des émotions de ma fille, je lis tout un tas de livres, d’Isabelle Fillozat à Catherine Gueguen, bref, je fais tout pour être maîtresse de ma parentalité. Pas par une quelconque pression sociale, simplement par vraie conviction. Je suis persuadée que toutes ces nouvelles approches éducatives sont bénéfiques pour l’avenir de mon enfant. Je suis fascinée par ce que les recherches en neurosciences affectives ont démontré, aka que l’enfance et la petite enfance sont fondamentales pour la construction de l’être humain. Si je pouvais mener ces recherches moi-même, je le ferais tellement cela me passionne.

Mais voilà, parfois, cela a ses limites. Ou plutôt, j’ai mes limites. Toutes ces informations que j’ingurgite me passionnent, certes, mais amènent avec elles son lot de culpabilité lorsque par malheur il m’arrive de ne pas appliquer un de ces grands principes. Ou plutôt un de MES grands principes. Parce qu’au final, si ces valeurs n’étaient pas les miennes, cela ne me poserait absolument aucun problème de mettre une petite fessée à ma fille/lui crier dessus/la mettre devant une tablette toute la journée/accumuler les parties de beer-pong à 3h du mat’ avec elle (rayer la mention inutile).

La culpabilité arrive parce que je ne suis pas en accord avec moi-même.

Laisse-moi t’expliquer les choses sous un autre angle, jeune nullipare (mâle ou femelle) qui s’est égaré par ici. Imagine, tu es un écologiste convaincu. Tu te bats pour ta planète jour et nuit, tu t’es mis au zéro déchet, tu utilises le hashtag #velotaf, manifestes durant les marches pour le climat, possèdes ton propre compost et fais caca dans des copeaux de bois. Tout ça, tu le fais pour une seule et bonne raison : ton objectif est de sauver ta planète. Tu sais ce qui est bon pour elle et tu te sentirais vraiment mal si tu n’agissais pas en ce sens. Or, ce week-end, tu es invité aux 53 ans de Tonton André (le fameux ! si tu ne vois pas de quoi je parle, file lire cet article). Et tu as beau aimer ta famille de tout ton cœur, force est de constater que niveau convictions, vous êtes à deux extrémités. Pire, tous jugent ta manière de penser, de fonctionner, qui est si différente des leurs (toi aussi, d’ailleurs, tu les juges). Pourtant, toi, tu es convaincu de ton bon sens (eux aussi, d’ailleurs, ils le sont du leur). C’est bien simple, tu as une crise d’urticaire dès que tu vois ce pot de Nutella dans la cuisine de Tata Muriel. Parce que toi, tu les vois, les orangs-outangs privés de leur habitat naturel, et cela te touche. Et tu ne comprends pas comment il ne peut pas en être de même pour Tonton André and cie. Tout comme eux ne comprennent pas que tu ne sois pas touché par, au choix, la crise économique qui prive des milliers de personnes de leur emploi, le prix exorbitant du carburant, l’interdiction de circuler en trottinette électrique sur les trottoirs parisiens, ou encore la coupe ratée de Jacquie, le caniche de la cousine Germaine.

Tout ça pour te dire que…

TA culpabilité est basée sur TES valeurs à TOI. Pendant que tu te ronges les ongles parce que tu as mangé un kiwi non bio de Nouvelle-Zélande, d’autres s’en veulent d’avoir oublié d’acheter du Coca dans une belle bouteille en plastique pour la fête de famille de ce week-end. Pendant que ta cousine angoisse de te recevoir dans une maison qui n’est pas clean du sol au plafond, d’autres sont en PLS, car ils ont pris 15 minutes pour faire la vaisselle alors qu’ils ont un dossier urgent à rendre pour un client. Pendant que je m’en veux d’avoir perdu mon sang froid face à ma fille qui ne voulait pas dormir quand JE l’avais décidé, d’autres culpabilisent de ne pas avoir pris une part de nuggets supplémentaire au petit dernier pour le mixer dans la purée de demain.

On ne se sent coupable que de ce qui est important pour nous. Et c’est en cela que c’est si difficile à accepter et à gérer. Une fois que nous avons compris ça, il est de notre devoir d’analyser cette culpabilité. Si on ressent une boule au ventre face à certaines de nos actions ou à certains de nos gestes, c’est sans doute parce qu’ils ne sont pas en accord avec nous-mêmes. Et une fois ce constat posé, c’est à nous de faire en sorte de ne plus ressentir cette culpabilité, et donc d’agir en fonction de NOS valeurs, peu importe ce que la société, le boss, la famille, la voisine Gertrude diront.

Et c’est encore plus valable lorsque l’on devient parent. La vérité, c’est que la culpabilité sera toujours là, parce que nous voulons tous ce qu’il y a de mieux pour nos enfants. Ce que NOUS PENSONS être mieux pour eux. Et parfois, nous ne pouvons simplement pas le leur apporter.

Et dans ces moments…

Prenons un café !

 

Photo : ©Lexk Photo

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