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C’est une (vraie) fille !

Avant d’avoir un enfant, je possédais déjà un utérus. Je le sais, parce qu’il s’évertuait à me montrer sa présence chaque mois pendant 5 jours, depuis l’âge de 12 ans, environ. Et puis je suis tombée enceinte, alors sa présence n’était définitivement plus un secret (et pendant les contractions, je ne le remerciais pas d’exister). Pourtant, d’aussi loin que je me souvienne, on m’a toujours dit que je n’étais pas une vraie fille… What ? Mais alors, les douleurs, les contractions, les seins, mes poils de pubis, tout ça, ce n’est pas suffisant ?

Allô ? T’es une fille et t’as pas de Pandora ?

Je n’ai jamais aimé les bijoux. C’est comme ça, je déteste ça. Je trouve ça très joli sur les autres (et encore), mais je suis incapable d’en porter, et même parfois d’en toucher. Je n’aime pas non plus les robes de princesse roses à paillettes, Sébastien Chabal maîtrise sans doute bien mieux que moi la marche sur talons de 10 cm (d’ailleurs qui a créé ça, si ce n’est pour torturer des femmes, sérieux ?), je ne change de sac à main que si on m’en offre un (et que je l’aime bien) et je ne suis pas une fée du logis. Genre, vraiment pas. Vous comprenez, maintenant, pourquoi je ne suis pas une vraie fille ? Non ? Moi, non plus !

Voyez-vous, ce côté « non-girly » est généralement vu comme un défaut, voire une défaillance, de la part de certaines personnes de mon entourage. Comment je le sais ? Un jour, alors que ma fille, qui était tout bébé à l’époque, s’est mise à jouer avec un bracelet posé sur une table lors d’un repas de famille, la phrase suivante a été prononcée :

« Hoooo, mais tu es une vraie fille, toi, ce n’est pas comme ta mère ! »

Oui, c’était assez violent à entendre. Et ça me fait mal au cœur à chaque fois. Mais ce n’était pas la première fois, ni la dernière. D’ailleurs, c’est bien simple, quand Cacahuète est arrivée, ce fut l’occasion pour de nombreuses personnes de se lâcher et de lui offrir toutes sortes d’objets identifiés « pour filles », alors que c’était à l’opposé de mes choix. Robes à froufrou, bandeaux pour les cheveux, chaussures à paillette, tout ce que je ne lui aurais jamais acheté, et pour cause : je ne pense pas que le sexe détermine le type de vêtement ou d’objets que nous devons posséder. Et il en est de même pour les jouets ! Par exemple, pourquoi faut-il toujours que les jouets qu’on lui offre soient roses ? En quoi cela est pertinent ? Bien sûr qu’elle a le droit d’aimer le rose, mais j’aimerais qu’elle aime le rose parce qu’elle a choisi d’aimer le rose, et non parce qu’on lui a dit qu’elle devait aimer cette couleur en raison de son sexe. Oui, ça m’agace et pour cause : il y a eu une période dans ma vie où je clamais haut et fort que le rose était ma couleur préférée. Alors qu’au début, ce n’était pas forcément le cas. J’avais juste lancé ça pour qu’on me fiche la paix, avec cette histoire de « vraie fille ». Si j’aimais le rose, peut-être que ça changerait la donne, m’étais-je dit. Bon ça n’a pas marché, mais pour rentrer dans le moule, j’ai tenté de faire comme les autres. Alors que soyons honnêtes, je suis une personne extraordinaire telle que je suis.

Oui, je te comprends, jeune nullipare (mâle ou femelle) qui passe par ici et qui aimerais faire un cadeau à un enfant de ton entourage… Tu te sens dérouté face à tout ça… Tu te demandes avec quel jeu pourrait jouer une fille ou un garçon. Laisse-moi te donner un conseil : pour la savoir, il te suffit de te poser une seule question :

L’enfant aura-t-il besoin de ses organes génitaux pour jouer avec ce que tu prévois d’acheter ?

Si la réponse à cette question est « oui », c’est que ce n’est sans doute pas un jouet adapté à un enfant et qu’il est préférable que tu changes d’avis. Vite. Avant que je n’appelle la police. Si la réponse est « non », alors tu as très bien choisi, il conviendra aussi bien à une petite fille qu’à un petit garçon.

Vous voyez ? Ce n’est pas si compliqué !

Et puis, finalement, ce n’est pas qu’une question de jouet. Depuis la nuit des temps, on différencie les filles des garçons en leur attribuant des faiblesses qu’elles n’ont pas, en leur faisant croire que leur place est à la maison à exercer des tâches non gratifiantes quand leurs homologues masculins s’évertuent à sauver le monde en slip et cape volante. Et tout ça commence par les jouets. Prenez l’exemple des rayons jouet des grands magasins pendant la période des fêtes, c’est insupportable. Nous avons généralement deux rayons : un rose pour les filles, un bleu pour les garçons. Dans le rayon pour filles, on trouve des poupées pour jouer « à la maman », des robots ménagers en tout genre, des balais, des casseroles, des mallettes d’infirmière… Quand on trouve des mallettes de DOCTEUR chez les garçons, des camions de pompier, des voitures de policiers, des super héros, des jeux de construction. Pourquoi les petits garçons ne pourraient pas jouer « au papa » ? Cela réduirait sans doute pas mal la charge mentale que connaissent la plupart des femmes, de donner l’exemple aux hommes dès leur plus jeune âge, vous ne pensez pas ?

Parce qu’évidemment, que tout est lié ! Quand on montre à une petite fille que son rôle c’est de tenir la maison pendant que les petits garçons, eux, partent jouer au pompier avec les copains, comment peut-il en être autrement ? Je suis convaincue que donner le bon exemple et les bons réflexes aux enfants dès leur plus jeune âge fera d’eux de meilleurs adultes demain. Si on veut réduire les inégalités entre les hommes et les femmes, commençons par changer ces différences en matière d’éducation.

Parce qu’une petite fille qui joue aussi bien à la coiffeuse qu’à la ferme, qui se déguise aussi bien en fée qu’en Sam le pompier, c’est une vraie femme qui saura qu’elle a accès à toutes les possibilités.

Et pour fêter ça…

Prenons un café !

Crédit photo : http://lexk.fr

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