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Dis, Papa, pourquoi tu pars ?

Comme plein de gens, quand j’ai décidé d’avoir un enfant, je ne l’ai pas décidé toute seule. Nous étions deux. Et comme nous ne sommes pas des hippocampes, c’est moi qui l’ai porté dans mon ventre. Et comme nous ne sommes pas des lions, nous étions deux à l’accueillir et à vouloir l’élever à l’arrivée. Mais comme nous sommes des humains, ce n’est pas aussi simple que ça.

En 2018, la loi française autorise les papas à prendre un « congé paternité » qui se découpe de la façon suivante : 3 jours de congé de naissance + 11 jours consécutifs de congé paternité. Les jours de congé de naissance sont à prendre obligatoirement au moment de l’arrivée de l’enfant. Les 11 jours de congé paternité sont à prendre n’importe quand dans les quatre mois suivants la naissance de l’enfant.

Mais dis-moi, Jamy, comment ça se passe dans la vraie vie ?

Dans la vraie vie, Fred, ça se passe comme dans la loi. Et c’est bien ça le problème.

Laisse-moi te faire un topo sur la situation, jeune nullipare (mâle ou femelle) qui te serais perdu par ici. Après des mois à en parler, de benchmarking à n’en plus finir, de rêves merveilleux à son propos, tu arrives enfin à destination : la parentalité. Sur le papier, c’était beau, c’était ensoleillé, c’était une promesse de volupté, bref un voyage sans encombre vers une île dont toi seul avais le secret. Mais dans la réalité, tu as eu droit à un vol Ryan Air de 36 heures sans dormir ni manger, un atterrissage mouvementé avec forceps à l’arrivée, un hôtel pourri sans panneau « ne pas déranger », et un magnifique souvenir à nourrir, changer, bercer toutes les 3 heures, 24h sur 24. Au bout de 4 jours, tu n’es pas mécontent de rentrer à la maison. Envoyer valser ta valise à peine la porte d’entrée franchie est ton nouveau rêve. T’affaler sur ton canap’ pour câliner ton chat et caresser ton amoureux, ton ambition intime. Mais tu te retrouves à enchaîner les lessives, car le joli souvenir ramené de ton séjour salit jusqu’à 5 bodys (ou bodies?) par jour, à coup de vomitos et cacatos divers et variés. À cela s’ajoute le fameux combo nourrir-changer-bercer. Et toi, tu ne manges toujours pas. Tu ne dors pas non plus. Alors envoyer valser une valise…

Mais dans l’adversité, heureusement, tu peux compter sur LUI. L’homme. Celui avec qui tu t’es lancé dans l’aventure de la parentalité. Celui sans qui tout ça n’aurait pas de sens. Celui qui hante tes jours et tes nuits. Celui que tu aimes plus que les raviolis. Il est là, il s’occupe de toi, il s’occupe du bébé, il se réveille la nuit, bref, vous commencez votre vie à trois. Vous n’avez pas toujours les bons gestes, vous marchez sur des œufs, vous vous chamaillez, mais vous vous rassurez aussi.  Vous êtes une équipe et ça, personne ne pourra vous l’enlever.

Ha bon ? C’est vrai ça, Jamy ?

Hé bien… Non. Alors que vous commenciez à prendre vos marques et à entrer dans une osmose familiale (Biiihiiip), il est déjà l’heure pour l’homme de retourner au travail (Buuuhuuup). Vous vivez ça comme une injustice, et vous avez raison : ça ne devrait pas se passer comme ça. Parce qu’un bébé se fait à deux, il devrait être normal que le congé paternité soit d’une durée égale au congé maternité, soit dix semaines après l’accouchement.

Dans une vidéo, la dessinatrice Emma (connue notamment pour sa BD sur la charge mentale) expose 4 raisons pour lesquelles il est vital que la loi sur le congé paternité change :

  1. Pour sauver la mère de l’épuisement.
    Sérieux ? Il faut plus de onze jours pour qu’une mère se remette de l’action d’expulser un être humain de son propre corps après l’avoir porté pendant 9 mois ? Waw, j’en reste sans voix. Et si en plus cette jeune mère n’est ni entourée ni aidée par sa famille, c’est l’envoyer tout droit vers la dépression post-partum.
  2. Pour couper le cordon entre la mère et l’enfant.
    S’il est vrai que le lien entre la mère et l’enfant est essentiel pour l’enfant, il peut vite devenir oppressant et culpabilisant pour une mère. Parce qu’être seule avec son enfant 24h sur 24, c’est devenir la seule personne présente à combler ses besoins. Si la mère part, l’enfant est seul. Si l’enfant est seul, il déperrit. La mère devient unique responsable de la vie de son enfant, et ce rôle pèse tellement sur ses épaules qu’elle n’osera plus le quitter, même pour souffler un peu. D’où l’importance du duo parental.
  3. Partager la charge mentale.
    La fameuse. On ne la présente plus, elle fait malheureusement partie intégrante de nombreux (trop) foyers de France et de Navarre. Si vous avez la chance de ne pas savoir de quoi nous parlons ici, je vous renvoie à la superbe BD d’Emma à ce sujet, ici.
  4. Assurer une égalité professionnelle entre les hommes et les femmes.
    Comme dirait une certaine Titiou Lecoq, « le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale. » Comment peut-on envisager une égalité dans quelque domaine que ce soit, si elle n’est déjà pas présente dans le foyer ? Et comment éduquer nos enfants vers cette égalité s’ils n’ont pas cet exemple à la maison ? C’est impossible, et il est grand temps que ça change.

Même si de nombreuses pétitions pour allonger le congé paternité ont vu le jour en ligne, je ne pense pas que le changement soit pour demain. Pendant encore quelque temps, les papas devront quitter le foyer pour retourner au travail beaucoup trop tôt, même s’ils ne sont pas plus prêts que les mamans pour ça. C’est sans doute à nous, parents, de faire bouger les choses. Mais en attendant..

Prenons un café !

Crédit photo : © Lexk Photo

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Un commentaire

  • Coline

    Bonjour Lise, un petit mot pour te dire à quel point j’aime tes articles et admire la qualité d’écriture qu’ils recèlent. Actuellement enceinte (plus pour longtemps), ces mots me parlent énormément et j’apprécie la franchise et l’absence de taboo, ça fait du bien de lire tes témoignages et ressentis.
    J’ai hâte de voir tes futurs projets lillois dont j’ai entendu parler sur les réseaux sociaux aboutir.
    En souvenir d’un club de lecture yelpique spécial fantasy au dernier bar avant la fin du monde,
    bonne continuation,
    Coline.

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