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Mea Culpa à la mère que j’ai idéalisé

Avant d’avoir un enfant, je savais que les rapports que j’entretenais avec ma mère étaient plutôt compliqués. Trop proches, trop distantes, trop copines, pas assez mère-fille, trop de maux, trop de mots… On s’est toujours beaucoup aimé, mais sans doute pas de la bonne façon. Ce que je ne savais pas en revanche, c’est qu’il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises façons de s’aimer. Il n’y a que de l’amour.

Ça fait mal de vivre sans toooooiiii (alors, t’as la réf ?)

D’aussi loin que je me souvienne, ma mère n’a jamais été des plus présente dans ma vie. Enfin, d’après mes critères de maternité. Elle n’organisait pas de goûters d’anniversaire, ne m’emmenait pas à la piscine le mercredi après-midi, n’était à l’heure à aucun de nos rendez-vous, ne nous attendait pas le soir à la maison avec un bon repas mijotant sur la gazinière et n’était pas une fée du logis. Et pendant très longtemps, je lui en ai voulu pour ça. J’enviais toutes mes copines qui, elles, avaient de « vraies mères » qui les attendaient à la sortie de l’école avec un Pitch dans leur potche et qui ne crachaient pas dans leur Yop (les vrai.e.s savent). Et puis j’ai grandi, et tous mes sentiments de petite fille se sont rangés bien gentiment dans les étagères de ma mémoire à long terme : la fac, le divorce de mes parents, mon année à l’étranger, de nouveau la fac, le début de la vie professionnelle, la vie en couple, le Pacs et enfin…

Je suis enceinte !

Lorsque je suis tombée enceinte, il s’est passé quelque chose d’extrêmement bizarre et incontrôlable en moi (en plus de faire pousser un être humain, j’entends). J’en ai déjà parlé précédemment ici, je me suis transformée en boule de protection pour mon bébé à venir, et la première victime de mes strikes à répétition fut celle qui m’avait mise au monde. Et cela n’a rien d’illogique, c’est même plutôt scientifique.

Laisse-moi t’expliquer pourquoi, jeune nullipare (mâle ou femelle), qui se serait égaré.e dans les méandres des relations mères-filles. Imagine, tu as un job. Ce job implique que tu aies un boss (bien- ou malveillant). Ce boss t’a tout appris et pour cause, tu es arrivé.e dans l’entreprise en tant que stagiaire et a gravi les échelons sous sa coupe, au point d’être devenu son bras droit. Un jour, parce que tu as trouvé l’associé.e idéal.e, tu ressens l’envie de devenir boss à ton tour et de monter ton propre business. Tu deviens alors le concurrent direct de ton ancien boss, celui qui t’a tout appris dans le métier. Mais toi, tu décides de faire le tri : bien sûr il y a des choses à garder de ton évolution professionnelle, certains conseils font même partie de tes mantras. Mais il y a aussi des choses que tu souhaites faire différemment. Parce le management d’aujourd’hui n’est plus le même qu’il y a trente ans, ou tout simplement parce tu as tes convictions propres et qu’elles te mènent vers d’autres contrées. Cela n’enlève rien aux compétences de ton ancien boss, au contraire, tu ajoutes simplement ta touche personnelle à l’affaire. Et bien avec les enfants, c’est pareil. On construit sa propre parentalité avec l’exemple de nos parents, et quand on a l’impression que tout est allé de travers, quand, en tant qu’enfant, on a attendu de nos parents qu’ils soient différents de ce qu’ils sont, cela peut vite tourner au chaos, aka une véritable confrontation type conseil de prud’hommes.

Dans mon cas, c’est exactement ce qu’il s’est passé. J’ai reproché à ma mère tous les maux de la Terre, je lui ai dit des mots tous plus horribles les uns que les autres, lui reprochant d’avoir été une mère horrible n’ayant pas eu envie de prendre soin de ses enfants comme une « vraie » mère de famille l’aurait fait. J’ai tout fait pour l’éloigner de moi au moment où j’avais le plus besoin d’elle, parce que dans mon inconscient, c’était comme ça que je pouvais être une bonne mère. Tout en prônant un féminisme sans faille, en revendiquant mon besoin d’avoir une vie à l’extérieur de ma toute nouvelle famille, en militant contre la charge mentale et autre patriarcat.

Cherchez l’erreur !

Mais la vérité, c’est que ma mère est une business woman et l’a toujours été. Elle a mené sa vie professionnelle de front et est plus que douée dans son métier. Mieux : elle en est passionnée, l’a toujours été et le sera toujours. Elle a choisi de travailler et de tout donner pour son métier, car cela ne lui convenait pas de faire la popote à la maison, et, cela m’a pris presque 30 ans pour le comprendre, mais je l’admire énormément pour ça. Je suis à un stade de ma vie où j’entreprends un nouveau projet professionnel. Je souhaite monter mon propre business, et ma mère a été la première à me soutenir. Elle m’a posé des questions, m’a mise en garde sur certains points, m’a dit qu’elle ne doutait pas de mes capacités à y arriver, et enfin elle fut ma première investisseuse. Ce chèque qu’elle m’a donné sans poser de question vaut tellement plus que le montant écrit dessus, et je crois qu’elle n’en a même pas idée (enfin jusqu’à ce qu’elle lise ces quelques mots, j’imagine). Finalement, ma mère est exactement comme toutes ces femmes entrepreneures que j’admire, elle est forte, intelligente, elle sait où elle va, elle est badass, elle est féministe (oui, il faut avoir une certaine dose de féminisme pour assumer de ne pas rentrer à l’heure du dîner tous les soirs et dire « non » à un mari qui ne rêve que de pouvoir mettre les pieds sous la table). Elle n’a pas toujours été présente à la maison, elle n’a pas passé sa vie à me regarder grandir de près, mais elle a toujours cru en moi. Elle a été actrice de sa vie, et elle ne pouvait pas m’offrir meilleur modèle.

Pour être tout à fait honnête, cet article n’a pas été des plus faciles à écrire. Je dirais même qu’il est le plus difficile jamais écrit… Encore ! Et pour cause, chaque mot touche à mon intimité profonde et pas des plus agréables. Mais je pense qu’il était nécessaire. Parce que je suis persuadée que je ne suis pas la seule à avoir dû faire face à l’enfant qu’elle a été, où à la mère qu’elle a été au moment de le devenir elle-même.

Et si j’ai appris une chose de tout ça, c’est qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise (situation) mère, il n’y a que des mères qui font ce qu’elles peuvent et du mieux qu’elles le peuvent. Et pour ça…

Prenons un café !

Crédit photo : © Lexkphoto

 

 

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